La grande majorité des personnes que je coache, en prise de parole, commencent par m’énumérer la somme des difficultés qu’elles éprouvent au moment de prendre la parole face à un groupe: la gorge se serre, les mains sont moites, le stress devient envahissant sinon paralysant, et le regard des autres d’autant plus difficile à accepter. Elles ne le disent pas, mais elles s’en veulent terriblement de ne pas se sentir à la hauteur. J’aimerais ici décrypter ce qui se joue lors d’une prise de parole. L’exercice est à la fois plus simple et plus compliqué qu’il n’y parait.

 

L’amalgame source de stress

  1. Nous passons nos journées à parler aux autres.
  2. La prise de parole consiste, en fait, à parler aux autres.
  3. Si je n’arrive pas à passer de l’étape n°1 à l’étape n°2, c’est donc que j’ai un problème.

Voici, grosso modo, le raisonnement bien cimenté qui nous habite et nous rend toute prise de parole effroyable. Pourquoi ? Parce que nous partons du principe qu’entre l’étape n°1 et l’étape n°2, la différence est minime puisque toutes deux requièrent l’usage de mots devant des personnes. Pourtant, le contexte transforme la dynamique et fait peser sur elle de sérieuses exigences.

 

Le contexte crée une situation nouvelle

La prise de parole implique la construction d’un monologue. Il faut avoir quelque chose à dire et, en plus, il faut savoir le dire. La tâche est moins évidente qu’il n’y parait, principalement parce que nous n’y avons pas été préparé. Au final, prendre la parole devant un groupe réveille, révèle et titille l‘image que nous avons de nous. À travers le regard des autres, c’est avec nous-mêmes que nous livrons bataille.

 

Une défaillance culturelle

Pour ceux qui côtoient différentes cultures, en particulier la culture anglo-saxonne, il est aisé de saisir combien, en tant que Français, l’exercice de la prise de parole nous est compliqué. Deux contrastes sont en particulier saisissants :

  1. Dans la culture anglo-saxonne les rapports entre personnes s’inscrivent davantage autour de l’échange alors que dans notre culture française ils sont plus imprégnés d’un rapport de force. Cette dynamique se retrouve en matière d’éducation, à l’école mais aussi au sein de la famille. Allez vous poser quelques instants dans un jardin d’enfants. L’une des cultures a tendance à encourager alors que l’autre se tourne plus volontiers vers la réprimande.
  2. Dans les pays anglo-saxon, on exerce dès le plus jeune âge à la prise de parole en public. À l’école, les enfants sont incités à raconter leurs vacances à leur retour, devant la classe ou devant l’école. Cette pratique régulière leur permet de progresser et surtout de développer un affect plus sain dans l’exercice de la prise de parole.

 

La solution : préparez-vous

Nous sommes tous capables de réaliser de bonnes prises de parole. Voici l’itinéraire qui y mène le plus sûrement :

  1. Décomplexez. Les peurs et doutes qui vous assaillent aujourd’hui proviennent souvent d’éléments qui vous dépassent (éducation, histoire personnelle…). Identifiez-les pour vous permettre de vous libérer de ces nœuds.
  2. Préparez-vous : répétez, maintes et maintes fois votre intervention. Travaillez votre contenu et les éléments de votre présence (posture, voix, gestuelle, énergie…). Ce sont les deux combinés qui donneront un impact réel à votre intervention.
  3. Visez l’amélioration. Ne soyez pas trop exigeant avec vous-mêmes, contentez-vous de progrès réguliers, qui vous mèneront exactement là où vous souhaitez aller.

Ces trois piliers vous permettront de réaliser des prises de parole solides et satisfaisantes. Plus vous allez engranger de l’expérience, plus vous allez prendre confiance. Le cercle vertueux peut alors se développer : vous goûterez au plaisir d’intervenir devant les autres et d’offrir des moments de partage uniques.

Isabelle Calkins.

www.IsabelleCalkins.com