Lors de mes formations, coachings ou cours, je ne cesse de constater le poids omniprésent, voire omnipotent de la peur du regard des autres. Cette peur, à elle seule, tue dans l’œuf tant de possibilités, de beauté et de créativité qui pourtant ne demandent qu’à se manifester. Alors comment, quel que soit notre âge, notre milieu social ou notre culture, transformer cette peur pour ne lui préserver que son côté utile : un questionnement qui nous mène vers le meilleur de nous-mêmes ?

 

Un poids culturel

De nombreux débats s’élèvent aujourd’hui pour questionner la façon dont l’école, à travers son système de notation et le discours tenu aux élèves, décourage certaines intelligences. Qui n’a gardé en mémoire les « peut mieux faire » ou les critiques régulières relayés par le corps professoral. Je ne les blâme pas, ils sont les héritiers d’une culture qui a du mal à s’ouvrir, à encourager, à féliciter, à reconnaitre et éclairer ces potentiels qui ne demandent qu’à éclore. Le monde du travail n’est pas en reste, la famille non plus. Dès lors, abreuvés de réprimandes plus que d’encouragements, comment s’imaginer le regard que l’autre pose sur nous autrement que chargé de négativité ?

 

Un regard plein de nos peurs

Cette peur que ce regard nous inspire résulte principalement du climat (les choses dites ou non dites) qui nous a accompagnés depuis notre enfance. Pire, nous la gonflons de toute l’amertume, la tristesse, la frustration et les angoisses que l’autre nous a fait vivre en ne nous disant pas les belles choses qu’il pensait de nous ou qu’il a vues en nous. Dans le doute, parce que notre côté « solaire » n’a pas été reconnu et célébré, notre imagination meurtrie s’enflamme et nous devenons convaincus que le jugement de l’autre ne peut être que négatif. Parce que nous sommes meurtris. Pourtant, la peur de dire, de faire ou d’être à cause du « regard » de l’autre provient, en fait, moins de l’autre que de nous. Ce sont nos peurs et nos blessures, nées de notre histoire personnelle, qui viennent se loger dans ce regard que nous attribuons à l’autre.

 

Les 3 clés pour transformer la peur

Ce n’est pas que l’autre ne nous aime pas, c’est plutôt qu’il n’a pas appris à le verbaliser ou à le manifester. Ainsi, voici 3 clés pour aider à juguler cette peur, somme toute naturelle puisque chacun souhaite être aimé :

  1. Se demander quel est le risque réel

Comparez honnêtement ce que vous gagnez à ce que vous perdez en conservant cette peur. Quel est le risque à dépasser cette peur, à dévoiler au grand jour ce que vous cachez de vous-mêmes ? En fait, le risque c’est que l’on vous aime non plus pour l’image que l’on a de vous mais pour vous réellement. Voilà un risque qu’il me semble bien sage de prendre.

  1. Faire ami/ami avec soi et les autres

Comprenez que cette peur a plus à voir avec vous qu’avec l’autre. Elle vous parle de vous plus que de l’autre. Allez la visiter, de quels besoins, de quels désirs se fait-elle l’écho ? Identifiez-les et faites en sorte de les respecter. Développez une communication assertive pour vous dire à l’autre tout en respectant et appréciant sa différence.

  1. Mener l’enquête

Plutôt que de rester dans une image fantasmée que l’autre aurait de vous (et qui serait fatalement négative!), ne serait-il pas préférable de remonter à la source et de questionner ? Qu’est-ce que l’autre pense de vous, ou de telle ou telle action que vous avez menée..? Ainsi, vous obtiendrez des informations avec lesquelles travailler. Mais encore faut-il les recouper et faire le tri pour s’approcher toujours plus prêt d’une vérité objective. Souvent, ce que l’on s’imagine est pire que la réalité. Questionnez, vous découvrirez que les autres souvent partagent ces mêmes peurs et qu’ils vous perçoivent mieux que vous ne l’imaginez. Ces feedbacks (retours) pourront ainsi nourrir votre introspection. Pourquoi vous perçoit-on comme cela? Quels sont vos comportements ou les éléments de votre communication à l’origine de ces opinions? Ensuite, il s’agit de regarder honnêtement en soi pour apprendre à se connaître, à s’accepter… et à grandir.

 

La juste place

Il est légitime de ressentir cette peur. Nous sommes des animaux sociaux et éprouvons donc le besoin d’être acceptés et appréciés des autres. Elle est aussi utile car elle génère une introspection féconde pour apprécier nos actes, nos paroles et nos pensées. Comme toujours, il ne s’agit pas de travailler à la disparition de cette peur, qui a sa raison d’être, mais de faire en sorte qu’elle devienne saine c.-à-d. qu’elle occupe sa juste place dans notre vie. On me dit souvent « je voudrais ne plus avoir peur ? ». Vraiment ? Je comprends le désir de vivre sans cette peur pourtant cette émotion remplit une fonction. Elle est un messager qui nous parle de nos besoins et de nos désirs. Ne serait-il pas plus avantageux d’apprendre à danser avec nos peurs ? Écouter leur message et venir chatouiller nos limites petitement mais régulièrement. Alors, la peur se vit moins comme une difficulté que comme une opportunité de grandir. Et la vie retrouve un gout délicieux.

Isabelle Calkins.