J’ai eu la  joie d’assister à un concert lecture au cours duquel Michaël Lonsdale, l’immense comédien qu’on ne présente plus, donnait lecture des « Paroles d’amour à Tibhirine ». Il était accompagné de Nicolas Celoro, sublime et subtile pianiste, qui a su trouver sa juste place auprès du récitant. Les mots et la musique se répondaient, se nourrissaient créant une véritable louange à l’amour.

Si je parle ici de Michaël Lonsdale, c’est que l’homme est rare, unique. Il a construit le sillon qui est le sien, menant sa quête aussi bien dans la lumière que dans l’ombre, et toujours avec bonheur.

 

« Dire ce qui se trouve derrière les mots »

En fouillant sur internet, pour tâcher de mieux comprendre l’homme et le comédien, j’ai été saisi de découvrir tant de similitudes entre ses propos et ce que je cherche à transmettre lors des coachings et formations. C’est évidemment pour cela qu’il me fascine autant, aussi.

C’est ainsi qu’il aime à rappeler les propos de son professeur préférée Tania Balachova, à savoir qu’il faut dire les mots mais aussi ce qui se trouve derrière. Je n’ai pas la prétention de vouloir traduire la pensée de ce professeur émérite, en même temps c’est un point sur lequel j’insiste particulièrement dans mon travail.

En effet, souvent les mots sonnent creux, parce que l’esprit est ailleurs, plus loin déjà, ou partiellement absent à cause du stress. Certaines personnes cherchent alors à compenser par un geste plus large, une diction plus marquée, une énergie « trop » forte. Il est important d’être présent à chacun des mots que l’on prononce: dire le mot et transmettre son énergie. Quand je dis « immense » par exemple, je dois vivre ce mot et transmettre ce qu’il m’inspire dans le contexte où je l’utilise. Et y apporter toutes les nuances dont je souhaite l’agrémenter, comme sait si prodigieusement le faire Michaël Lonsdale. Au final, l’effort de transmettre s’amenuise au profit d’une certaine densité d’intention, perceptible à tout moment, et qui touche terriblement.

 

« Les artistes sont les témoins de l’invisible »

Voici une autre parole qu’aime à répéter Michaël Lonsdale et qu’il emprunte au Père Alain-Marie Couturier. Là non plus, je n’aurais la prétention, en quelques lignes, de dénouer les multiples idées qui peuvent émerger de cette phrase. Pourtant, elle fait écho, de façon plus modeste, et un peu détournée j’en conviens, à une idée que je répète souvent: quand vous vous exprimez, ceux qui vous écoutent écoutent vos paroles mais plus encore la façon dont vous les dites, et plus encore…qui vous êtes. Les gens sondent cet « invisible ». Instinctivement, ils cherchent à écouter votre être et la cohérence perçue entre vous et vos propos. N’essayez donc pas de cacher ou de « maquiller », au contraire, ouvrez, laissez paraître votre humanité parce que c’est à travers elle que vous créerez un lien avec les autres.

Dans le cas de Michaël Lonsdale, l’invisible est si présent, si fort. Il y a tout ce qu’il nous dit, et tout ce que sa vie d’homme nous dit sans utiliser de mots. Et ça touche immensément.

En prime, une interview récente de l’artiste. Au delà de l’âge et de la fatigue, on sent une âme jeune, passionnée, si vivante.

A savourer sans modération.

Isabelle Calkins.